Encore une fois je me penche sur cette période de ma vie..Il est vrai que les premières années marquent de façon indélébile notre avenir..N’avons-nous pas tendance à reproduire notre schéma familial? La suite de mon histoire le montrera…
Mais à présent je revis le départ de mon père le matin..17 Kms en bicyclette puis , plus tard en solex, par tous les temps..L’hiver il met du papier journal en plusieurs épaisseurs sous sa veste..Certaine de lui faire plaisir, je me rappelle lui avoir offert un blouson en laine de mouton..qu’il n’a jamais accepté de porter!!Il entoure également ses reins d’une longue ceinture en flanelle..En évoquant ces détails , me revient le son de sa voix et de ses paroles..en breton..car mon père ne parle presque pas le français et il ne sait pas lire..mes parents rêvent en breton ..
Mon père est un homme de la terre, de la nature, peu intéressé par les technologies modernes..Sans l’autorité de ma mère nous
n’aurions jamais eu la télé vision et quand à mes seize ans le petit écran est arrivé dans notre famille, papa a eu bien du mal à en comprendre le fonctionnement..mais Dalida, sa chanteuse
préférée le fascine!!
II joue
merceilleusement bien de l'accordéon..sans connaitre le solfège..belle oreille musicale!!des airs de musette accompagnent nos repas de famille (les fiancés d'Auvergne..sa préférée)
Evidemment je ne peux pas évoquer mon père sans penser à ces quelques soirs où il rentre après avoir bu "deux verres de trop''.. comme il dit..Le vin la ''grappe fleurie" est une néfaste compagne des chantiers!!..
Alors, sans répondre aux reproches justifiés de sa femme, calmement, il part..pour échapper à la dispute..il fuit..où?? Oh pas bien loin..mais maman, malgré tout très inquiète, m’impose d’aller le chercher et, de commencer (la nuit avec une pile!!) par le lavoir ..7 ans.. j’obéis pétrifiée.. la lumière balaye la surface de l’eau..parfois des ombres me font craindre le pire..mais non, papa dort dans une cabane faite de branchages , plus loin..Il revient alors à la maison, sans rechigner et se couche sans un mot..
Cette scène se reproduira trop souvent et même si, systématiquement, je trouve mon père sous ses fagots,il ne m’est jamais venu à l’idée de commencer à dérouler le scénario..à l’envers..D’abord le noir, la torche, le faisceau lumineux et les reflets sur l’eau, les ronflements de mon père dans le jardin, le soulagement.. Bien entendu,je ne suis qu’une fillette mais comment d’ésobéir à sa maman.?.surtout lorsque son père semble en grand danger..Je refuse aussi de porter un jugement concernant l’attitude de maman..évidemment, sortie du contexte et avec du recul elle semble bien traumatisante..Elle m’a permis de redouter les relations avec les personnes ''sensibles'' à l’alcool et , d’être très humainement à l’écoute des familles touchées (en particulier des enfants). Mon parcours de vie (surtout la deuxième vie) et mes engagements en seront la preuve.. à suivre